Mille fleurs
dans vos heures, le bonheur pour vos coeurs: moi, Quetzalcoatl, je
viens implorer votre aide à vous les hommes de la Terre, car
je vous connais bien (n'ai-je pas été de vos dieux,
autrefois?) et je sais votre mana puissant. Je suis autre que celui
qui tape les lignes de ce texte sur son clavier, j'ai envahi l'esprit
de l'un des vôtres pour mener à bien la tâche que je me
suis assigné en venant vous voir. Pour cela toutefois, il me
faudra revenir longtemps en arrière. En un lointain passé
je fus chassé du berceau de ma race par mon sanglant rival,
Tezcatlipoca, celui qui chérissait l'eau précieuse des
hommes par-dessus tout. Et moi qui prônait l'amour
des fleurs et du beau, l'étude des arts et le respect de son
prochain fut contraint de suivre l'exil des dieux, celui qui depuis
l'aube des temps pousse les divinités déchues vers des
dimensions éloignées. Des innombrables dieux ayant
précédé et imité ma fuite je ne sais
rien, mais je peux vous dire ceci: lorsque les larmes aux yeux et la
rage au coeur je fus delaissé par le culte des miens, les
Aztèques, je trouvai refuge en une dimension éloignée,
paisible et douce, à l'écart des univers et des mondes
troublés par la violence des hommes.
Ce monde agreste portait –
et porte touj ours, et plut au ciel que cela puisse se perpétuer
encore dans le futur – le nom d'Océanide, car il est
presque entièrement fait d'eau, un monde calme de dimensions
moyennes mais au climat rappelant beaucoup dans sa portion habitable
mon univers de naissance. Un vaste continent se trouve sur la
ceinture méridionale de l'Océanide, et il lui fait face
un continent de taille plus modeste, avec un chapelet d'îles
portant le nom d'Iles Maroussia, car il y souffle souvent un vent
très fort aux dires de ses habitants, des hommes au caractère
affable et disert. Lorque je posai le pied pour la première
fois sur ce monde marin, ce fut sur le plus petit des deux continents
que je trouvai refuge, pâle et tremblant. Ce dernier porte le
nom des républiques de Mellonia et il est gouverné par
le major Pepito Ramirez de la Fuente y Roca et son épouse, une
femme belle et bonne, au coeur généreux, c'est la
duchesse Ursula Von Liechtenbourg, avec ses deux filles, Carlotta Von
Liechtenbourg et Adelaïde Von Liechtenbourg. Leur civilisation
détient des armes prodigieuses qui font un vacarme
épouvantable et des machines bruyantes, qui émettent
des fumées pestilentielles et aussi un énorme monstre
d'acier qui rugit et cliquète en galopant sur un chemin de fer
brillant comme l'argent. Lorsque je découvris tout cela pour
la première fois je pensai m'être trompé et avoir
choisi comme refuge un univers sombre et sanguinaire, mais je réalisai
très vite qu'il n'en était rien. Le major et la
duchesse Von Liechtenbourg sont des gens aimables, et même
s'ils prirent mes propos décousus pour ceux d'un sauvage
arriéré et bizarrement vêtu, je sus en fixant
leur regard que je venais de trouver un pays pacifique, et des gens
de qualité.


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