La société multiraciale
Guillaume Faye
La plupart des pays européens se sont brusquement réveillés, au cours des dix dernières années, au cur dune forme radicalement nouvelle de société quils auraient pu prévoir vingt ans à lavance mais quils navaient pas prévue, forme que lon croyait jusque-là réservée à lAmérique : la société multiraciale, conséquence de la décolonisation, de limmigration de main-duvre et des taux démographiques inégaux entre le Nord et le Sud. Pour la première fois dans son histoire tout au moins des mille dernières années lEurope de lOuest se retrouve lhôtesse de minorités afro-asiatiques (entre 5 et 10%) en croissance rapide. Le choc est dimportance et cest en France quil se manifeste le plus violemment. Voilà donc posée avec une brutalité et une urgence inconnues jusque-là la question de lidentité. Et ce défi permet enfin aux Européens de prendre conscience, ou à tout le moins de réfléchir, à la nature de leur spécificité.
Lidentité, la densité du sentiment dappartenance et la valeur de la notion de citoyenneté reposent évidemment sur une relative homogénéité ethno-culturelle des habitants de lEurope. Ce qui implique de soulever la question du degré de « désirabilité » de la société multiraciale ou pluriculturelle. Fait nouveau, le débat public évoque ouvertement la question (jadis taboue) dun éventuel et souhaitable retour au pays des minorités. Des courants dopinion nhésitent plus à remettre en cause la possibilité dacquérir la citoyenneté dun pays européen si lon nest pas de souche ethno-culturelle européenne [1].
La société multiraciale présente, en effet, deux inconvénients majeurs : tout dabord, cest une société « multiraciste », où prospèrent les ghettos, la haine raciale, les guerres sociales en tous genres, comme le démontrent les exemples des U.S.A., du Brésil, de lAfrique du Sud, etc. Ensuite, ce modèle social équivaut à une new-yorkisation de lEurope, selon la logique de lOccident planétaire, où le déracinement, lindividualisme narcissique, le renforcement du caractère mécanique et marchand du corps social, la perte de lidentité culturelle, constituent la règle et vident de sens le concept de citoyenneté, tant pour les allogènes que pour les indigènes.
Pour des raisons dhostilité à tout racisme, pour le droit de chaque homme à bénéficier dune identité et dune citoyenneté, pour la préférence dun modèle communautaire sur la société massifiée qui montre aujourdhui son caractère pathogène, et le respect de la culture européenne, porter le soupçon sur la société multiraciale doit devenir aujourdhui une priorité. Dailleurs, dans la mesure où les véritables enjeux, les nouveaux clivages opposeront de moins en moins une « droite » à une « gauche » querelle socio-économique aujourdhui secondaire et dépassée mais les partisans du cosmopolitisme aux partisans de lidentité, qui se recrutent désormais à gauche comme à droite, la question de la société multiraciale devient centrale et sinstaure comme problème politique majeur de cette fin de siècle.
Ce que lon baptise « immigration » en Europe revient en fait à une « colonisation de peuplement » de la part des peuples féconds des pays dAsie et dAfrique, selon lexpression dAlfred Sauvy. Nous subissons le mouvement inversé de colonisation que nous avons fait subir aux autres. Si nous ny prenons garde et si nous narrêtons pas notre déclin démographique, non seulement on pourra continuer à dire que « lAllemagne est condamnée à disparaître, mais elle ne le sait pas encore », comme lécrivait Pierre Chaunu, mais au début du prochain siècle une très forte proportion des habitants de lEurope, surtout dans les classes jeunes, ne sera plus dorigine européenne et probablement pas non plus de « culture » européenne, puisque cette dernière a perdu sa faculté acculturante et que les populations immigrées auront le choix entre le « maxi-ghetto » et laméricanisation. Cest donc dune perte didentité ethno-culturelle (plus grave encore que la déculturation, car elle nest pas rattrapable) quest très sérieusement menacée lEurope. En fait, comme je tentais de le démontrer dans un essai récent [2], jamais, au cours de son histoire, lEurope na été autant menacée de disparition quaujourdhui et jamais ses dirigeants nen ont été si peu conscients.
A lheure où bien sûr à juste titre nous nous sentons atteints et concernés par les génocides qui frappent ou ont frappé, en totalité ou partiellement, dautres peuples, nous demeurons indifférents et aveugles au génocide ethnique, démographique dont les Européens plus que tout autre peuple sont aujourdhui menacés.
Les adeptes de lassimilation des étrangers en Europe (comme ceux de leur intégration par le système des ghettos dune société « pluriculturelle ») poursuivent exactement la même démarche que les messianiques convertisseurs des Indiens dAmérique, que les niveleurs jacobins et surtout que les colonialistes du XIXe et du début du XXe siècle.
Seulement, cest nous quils veulent maintenant achever de coloniser. Par un piquant et tragique paradoxe de lhistoire, cest lEurope ex-colonisatrice qui se retrouve maintenant au premier rang des peuples en voie de colonisation définitive. Et, suprême ironie, les immigrés afro-asiatiques, fils de ceux que le colonialisme commença jadis à ethnocider et dont il détruisit lidentité, sont aujourdhui les acteurs manipulés et utilisés pour faire perdre à lEurope les restes de son identité, sont aujourdhui les instruments de notre propre « hyper-occidentalisation » !
La société multiraciale est à la fois la réversion et la continuation de la société coloniale ; et la multiracialité apparaît comme lhypostase du colonialisme. Dans les deux cas cest le progressisme qui mène la danse et lon peut comprendre, maintenant, que le colonialisme nétait que le stade infantile du multiracialisme
Dans linconscient des progressistes et des sociaux-démocrates, il doit bien exister quelque part ce fantasme secret, mélange de masochisme et daltérophobie, dauto-racisme et daltéro-racisme : il ne suffisait pas daller coloniser, occidentaliser et déculturer les peuples du Sud, il faut maintenant les faire venir à nous, pour que nous achevions ensemble, dans une grande partouze culturelle, de nous déculturer, de nous désidentifier mutuellement. Nous, qui avons été les vecteurs de votre déculturation, venez maintenant chez nous, pour nous et pour vous dépersonnaliser définitivement.
Laurent Fabius, fidèle en cela à lidéologie de Jules Ferry, et en parfaite concordance avec lesprit de la Révolution française comme de la Constitution américaine, rappelait que la République avait vocation à construire une société et une nation multiraciales, que les identités et les appartenances religieuses, culturelles et ethniques des citoyens étaient choses secondaires [3]. Autojustification ?
Lidéologie qui préside aujourdhui à la multiracialité nest donc nullement une nouveauté, en dépit de sa prétention à lêtre. La doctrine de la « République française », en effet, poursuit explicitement le modèle « national » des monarques centralisateurs, se fondant sur lassimilation forcée des populations et labolition de leurs identités. En France, la colonisation des peuples des « provinces » par lEtat central, le colonialisme doutre-mer et aujourdhui la multiracialité et lassimilation se prolongent tout naturellement. Le pouvoir actuel, « multiculturaliste », ne fait que poursuivre la doctrine de ses prédécesseurs. Paradoxalement, cest lidentité française qui fait les frais de lidéologie française dans la mesure où il ne suffit plus dintégrer des groupes ethniquement proches, comme ce fut le cas pendant des siècles. Lévidence que la société multiraciale crée les ghettos et institutionnalise le racisme nous est confirmée par le fait quau sein des institutions, au-delà dun certain seuil de « gens de couleur », ces derniers revendiquent une autonomie fondée sur leur race. En Grande-Bretagne, au sein du parti travailliste, les Noirs ont revendiqué et obtenu très logiquement la constitution dune « section noire » du Labour, véritable parti dans le parti (Daily Mail, 15 avril 1985). Ainsi, comme en Belgique avec le problème des Flamands et des Wallons qui contraint à doublonner toutes les institutions (mais avec une gravité démultipliée du fait de la profondeur du fossé ethnique), nous nous préparons peu à peu à une société où tous les secteurs seront découpés en fonction des races et des ethnies. Inutile de dire que le sentiment communautaire et la notion dintérêt général comme de service public sen ressentiront, et que ne subsistera plus comme liant social que les rapports marchands et contractuels dintérêts économiques [4] ce qui correspond au projet idéologique libéral.
La société multiraciale réussit ce tour de force de superposer au racisme ordinaire et à la désagrégation sociétale la dictature absolue du mercantilisme quotidien et revient à abolir tous les rapports humains qui ne sont pas fondés sur lintérêt matériel. La société multiraciale, dont la croissance correspond au renforcement du type de la société marchande, à lessor des doctrines néo-libérales et à la montée en puissance des pouvoirs techno-économiques au détriment des pouvoirs politiques en Occident, est également corrélative de lapparition de la « Nouvelle Société de Consommation » [5], caractérisée par la tribalisation du corps social. Conséquence : les seuls rapports sociaux « chauds » seront les liens privés ou intra-ethniques (intra-tribaux) ; quant aux relations et aux « communications » qui sopèrent à un niveau « national » ou macro-social, elles seront toujours plus froides, anonymes, techniques et mercantilisées. La société multiraciale contribue donc à accentuer ce trait pathologique des populations daujourdhui : croissance de la massification et de lindividualisme anonyme, disparition des liens civiques et de laltruisme communautaire.
A ceux qui disent : « Fort bien, nous allons perdre notre identité culturelle et anthropologique : pourquoi pas ? Une nouvelle civilisation, métissée, universelle, est en train de naître. Pourquoi ne pas laccepter ? », il ny a pas seulement à répondre sur le plan rationnel ou sur le plan moral. Il reste aussi à opposer un désir contraire, le même désir, la même volonté, que ceux que manifestent par exemple des Africains ou des Arabes de ne pas se laisser envahir par des Européens, de demeurer fidèles à leur identité léguée. En effet, de même quil est normal et légitime que lArabe, le Noir africain, le Japonais veuillent rester eux-mêmes, veuillent faire admettre et reconnaître quun Africain est nécessairement un homme noir ou un Asiatique un homme jaune, il est légitime, naturel et nécessaire que soit reconnu le droit à un Européen de refuser la multiracialité et de saffirmer comme homme blanc. Traiter de racisme une telle position est une inadmissible forfanterie. Les véritables racistes sont au contraire ceux qui organisent en Europe la constitution dune société multiraciale.
Soyons logiques : de même quil fallait combattre le colonialisme et loppression que les Blancs envahisseurs faisaient subir aux peuples de couleur, de même il faut refuser limplantation en Europe de ces mêmes peuples de couleur. Et ce, précisément au nom de lantiracisme. Parce que lhistoire démontre que les sociétés constituées sur des mélanges ou des juxtapositions brutales de populations par lorigine très éloignées finissent par donner lieu, comme le cas des Etats-Unis ou du Brésil le démontre, à des sociétés obsédées par le poison de la question raciale, substitut de la question sociale, à des sociétés dont le racisme de masse, le racisme quotidien constitue lirréfragable toile de fond.
Les sociétés américaines du Nord et du Sud nous montrent que lassimilation des diverses ethnies dans un ensemble communautaire et culturel échoue et que seule subsiste la juxtaposition hiérarchisée des groupes humains avec toutes les tensions qui en découlent. Croit-on sérieusement que notre modèle socioculturel actuel, qui ne possède déjà pas pour des indigènes de souche de pouvoir consensuel, pourra fédérer au mieux des populations dorigines très différentes ?
Cest donc au nom de lantiracisme quil faut condamner la société multiraciale et ses apologistes. Cest au nom de lantiracisme quil faut dénoncer ceux qui nient lexistence des races et des identités, et dont les ennemis sont aussi bien lEuropéen de souche que lAfricain fier de son ethnie. Les partisans du cosmopolitisme multiracial visent en réalité à constituer une organisation sociale du monde de caractère profondément raciste : ils veulent construire une civilisation planétaire, de culture occidentalo-américaine, où les Blancs dominent les métis et les gens de couleur (puisque ces derniers auront plus de mal à sintégrer au modèle culturel occidental, qui est « blanc » malgré tout), où chaque pays soit un melting pot hétérogène dans lequel dominera une caste occidentalisée. Cest exactement lextension à la terre entière du modèle raciste de la société américaine. Diviser pour régner. Les totalitarismes veulent des sociétés éclatées
A ce modèle, par antiracisme, par respect des races et des peuples, nous préférons celui dun monde hétérogène de peuples homogènes (et non point linverse), seule garantie du respect de lAutre. On respectera en Europe lhomme africain ou lhomme arabe lorsquils ne seront plus sommés de sintégrer et de disparaître en tant quhommes spécifiés ou de se réfugier dans leurs ghettos, lorsquils pourront être appréciés en tant quétrangers disposant dune patrie et non comme parias en mal dassimilation.
Conséquence de la multiracialité mais pas uniquement delle le racisme, ce mal des sociétés égalitaires implicitement contenu dans lassimilationisme des droits de lhomme, a refait depuis quelques années une entrée fracassante dans les débats publics. Cest au niveau le plus bassement biologique que racistes déclarés (en privé, car lexpression est sanctionnée, comme jadis lhomosexualité) ou antiracistes professionnels posent aujourdhui le problème de lidentité des peuples. La question raciale prend donc aujourdhui le même statut que la question sociale, et à certains égards que la question sexuelle, voici quelques décennies. Et, par une fatalité tragique, plus on « tabouise » le racisme, plus on légifère contre lui, plus il sinstaure comme discours implicite de référence en arrière-fond de tous les débats et de tous les comportements quotidiens Le racisme, stade final, stade cancéreux des identités en perdition, promène désormais son spectre parmi nous.
La question raciale nest pas seulement devenue le démon intérieur du monde occidental du simple fait de la planétarisation de lhistoire, de labolition des distances ou des doctrinaires politiques du racisme des XIXe et XXe siècles dans les pays anglo-saxons, en Allemagne et en France patrie de la naissance du racisme théorique, comme le montre bien Zeev Sternhell [6] ; la responsabilité de lobsession raciale repose en majeure partie sur la social-démocratie, qui se proclame antiraciste mais qui apparaît historiquement responsable, depuis une centaine dannées, du colonialisme, puis du néo-colonialisme caché sous le paravent de la « décolonisation », et enfin de lorganisation de limmigration et de la société multiraciale en Europe. Mais il ny a pas que cela. Un autre facteur, plus ponctuel, est intervenu dans linstallation de lobsession raciale.
Paradoxalement, mais logiquement, ce sont les milieux dits antiracistes, humanistes militants, qui ont le plus contribué, par leur mise en avant obsessionnelle et pathologique du « fascisme », du « nazisme », dans des sociétés où ces doctrines avaient en fait disparu après la guerre, à en faire resurgir la tentation et la présence. On se trouve là en face dun des plus étonnants effets dhétérotélie sociale quil nous soit permis de constater.
Hitler demeure en vie, comme mythe, présence latente et deuxième conscience souterraine, grâce au zèle de ses prétendus dénonciateurs, qui ne cessent den annoncer fantasmagoriquement le retour, alors quil avait en fait, pendant les années soixante, réellement disparu.
Il nest pas de jour qui ne nous présente une douteuse publication « historique » sur les méfaits du nazisme, un film télévisé racoleur sur la déportation, l« holocauste », la résistance, etc.
La fascination pour le phénomène fascisme-racisme-nazisme sexprime dans les médias, sous le prétexte pédagogique den immuniser les populations, mais souvent avec larrière-pensée de faire une bonne affaire commerciale, comme le démontrent les scandaleuses et douteuses affaires du « Journal dAnne Frank » (un faux) ou du film « Holocauste », film aux accents morbides sous un discours « anti-nazi » de façade.
Une psychanalyse de ces syndromes obsessionnels, de plus en plus virulents quarante ans après, montrerait, chez les promoteurs du discours de « dénonciation » pédagogique de la triade fascisme-racisme-nazisme, une angoisse fascinée dattraction-répulsion, un désir irrépressible d« en parler », un besoin dexprimer et de masquer à la fois une obsession raciale et un racisme profonds sous lapparence de leur repérage (chez les autres) et de leur dénonciation permanente. Des intellectuels comme Jean-Pierre Faye, Bernard-Henri Lévy, Albert Jacquard (ce dernier coutumier des lapsus racistes), pour ne pas parler de Simone Veil, qui passent leur vie à débusquer des hitlériens imaginaires ou le retour de Mussolini derrière le moindre phénomène social xénophobe, sont en réalité responsables de la propagation de ce « mythe aryen », de la « racialisation » idéologique de notre société [7] et du maintien de lombre de Hitler dans limaginaire des Européens daujourdhui.
Un tel syndrome peut se comparer à ce qui se passait pour le sexe dans les milieux chrétiens il ny a pas si longtemps. Les curés « anti-masturbateurs » de nos collèges, les dames patronnesses dénonciatrices de partouzes imaginaires ou les pères de famille chasseurs de pédérastes, manifestaient, eux aussi, une profonde attirance pour les faits imaginaires quils dénonçaient, et surtout, en suscitaient chez les autres la fascination et la tentation. Lobsédé du sexe ou de la race, de lantisémitisme ou de la pédérastie, en créant son psychodrame de soupçons et de tabous, propage son obsession et ses tentations et rend possible lémergence dun phénomène quapparemment il dénonce [8].
En effet, un des principaux résultats sociologiques auxquels sont parvenus les B.H. Lévy et autres Le Roy Ladurie (dans la lignée, dailleurs, dHanna Arendt), dans leur dénonciation du retour de l« esprit dAuschwitz », cest de créer une atmosphère fascinatrice de « tabouisation » du phénomène, notamment chez les jeunes générations. Alors que le « Hitler-connais-pas » aurait pu immuniser contre une renaissance de doctrines racistes ou fascistes en les faisant sombrer dans loubli et la banalité du rétro, la permanente mise en garde contre la renaissance toujours imminente de la bête immonde a objectivement recréé des sectes néo-nazies. De même, la stupide litanie sur le thème « la race, ça nexiste pas » a tout naturellement développé une contre-réaction raciste. La mise en garde contre le « grand-aryen-blond-nazi-raciste » [9] a fait naître une fascination pathologique pour ce mythe que lon prétendait évacuer (voir lutilisation provocatrice de symboles nazis par des jeunes qui se veulent en marge, en rupture, par rapport à un monde dadultes pour eux vide de sens, enfermé dans son égoïsme et son hypocrisie). Les écrits dun Bernard-Henri Lévy montrent une fascination douteuse pour le thème racial aryen et une protestation implicite contre une soi-disant « barbarité » inhérente à tout ce qui relèverait dune culture européenne « pure ».
Dans lesprit dun public qui échappe de plus en plus à ce quon a pu appeler la culture politique classique, lexcès de discours et de sermons sur le racisme, le fascisme, le nazisme, la provocation permanente à la prétendue renaissance dun antisémitisme de masse, la sempiternelle et stupide association (comme dans le film de Roger Hanin, Train dEnfer) de l« Aryen blond » brutal, tortionnaire, raciste et dextrême-droite, et de sa victime, représentée par un Juif ou un Méditerranéen, contribuent à entretenir et à développer une sorte de « mythe aryen négatif » dont les effets sont rigoureusement les mêmes que ceux du « mythe aryen positif ».
Un parallèle peut de ce point de vue être fait : de même que les démocraties occidentales, comme les démocraties populaires, tentent de se légitimer, de faire oublier leurs échecs immenses et de laver le sang quelles ont sur les mains depuis 1945 en désignant comme ennemi fantasmagorique le « totalitarisme fasciste » (processus morbide de légitimation négative fantasmée), de même, notre société ne cesse de commémorer sa victoire sur Hitler et Mussolini pour faire oublier les problèmes contemporains quelle ne peut pas concrètement résoudre : « le ventre de la bête immonde est toujours fécond », tel est le mythe fondateur et légitimant, daprès la célèbre formule de Brecht, dune société qui ne parvient plus à sauto-justifier quen se présentant comme le rempart dun fascisme-racisme-nazisme toujours prêt à renaître, toujours latent par essence, jamais vaincu.
Le mythe du fascisme latent contient implicitement lidée que la culture européenne française et allemande en particulier est par nature coupable de donner toujours lieu à de tels « démons » (une Europe identitaire et autonome est barbare pour les B.H. Lévy et les André Glucksmann) et quelle doit donc demeurer sous surveillance et perdre, par cosmopolitisme, son identité culturelle ou ethnique (cest la thèse de lEglise qui recommande, par un moralisme de culpabilisation, ladoption denfants extra-européens et encourage le métissage). Mais ce mythe permet aussi de banaliser et de faire oublier les forfaits que, depuis Dresde et Hiroshima, les démocraties occidentales comme les démocraties communistes, liées aux premières par le même « antifascisme » fantasmé, nont cessé de perpétuer dans tous les domaines : populations déportées et/ou massacrées en Europe après la guerre, acceptation des annexions arbitraires de lUnion soviétique, goulags et système concentrationnaire soviétique, crimes de guerre innombrables des démocraties occidentales et des Etats communistes dans tous les conflits qui ont agité le Tiers Monde depuis 1950, etc.
Bref, le cadavre dAdolf Hitler, embaumé et soigneusement entretenu depuis la guerre, sert à tout cet immense courant idéologico-politique « égalitaire, humaniste et démocratiste » (englobant, des communistes aux libéraux, tous les participants du prétendu « front antifasciste », tous ceux qui sont les héritiers idéologiques dun judéo-christianisme qui, lui aussi, a les mains bien rouges), à légitimer son totalitarisme implicite et à minimiser la portée de ses méfaits, dont les derniers, qui ne sont pas les moindres, sont les crimes de guerre et les tentatives de génocide perpétrés par Israël au Liban, mais que lon tente de nous faire pardonner parce quils sont le fait des « rescapés dAuschwitz ».
Jamais, depuis 1981, date de linstallation des socialistes au pouvoir, on naura vu autant Hitler à la télévision française. Il nest pas de jour sans « dénonciation » du racisme hitlérien, condamnation de lantisémitisme, grand débat sur la « résurgence du racisme », le tout sur fond obsessionnel de marches militaires nazies, de films sur les camps de la mort et de cours de morale civique par les grands prêtres de lantiracisme et de la bonne conscience appointée.
Leffet de ce bombardement médiatique est évidemment linverse de ce qui a été recherché. Racisme, antisémitisme et hitlérisme sinstallent dans limaginaire collectif comme des présences démoniaques, des mythèmes diaboliques qui, même sils ne séduisent pas tout de suite, restent néanmoins présents dans la profondeur des cerveaux Cest, éternellement recommencée, la vieille histoire des apprentis sorciers.
Ce sont donc, paradoxalement, les « dénonciateurs » du nazisme qui lont fait perdurer et qui lont même amplifié sous forme de mythe, donnant ainsi raison a posteriori au fâcheusement célèbre Martin Bormann La fureur pédagomane à dénoncer et à poursuivre le racisme et lantisémitisme, même et surtout là où ils nexistent heureusement pas, en cristallisent définitivement lidée dans la conscience populaire. Bien des gens qui ne faisaient pas la distinction entre un Juif et un non-Juif (en tout cas pas plus quentre un catholique ou un protestant, un Breton et un Antillais) ont été « informés » par les professeurs de lutte contre lantisémitisme que le Juif nétait peut-être pas un citoyen comme un autre, que la judéité nétait peut-être pas une différence comme une autre, et que lantisémitisme était une forme « spéciale » (aggravée) de racisme. Julius Streicher et Drumont nauraient pas espéré mieux. Le résultat des campagnes obsessionnelles contre le racisme et lantisémitisme entreprises depuis le début des années soixante-dix a été de désigner le Juif et de racialiser les rapports sociaux.
Ce que les sectes néo-nazies nont pas fait, les milieux « antiracistes » et les sectateurs des droits de lhomme lont accompli. Certes, ce nétait pas volontaire de leur part, il faut leur rendre cette justice. Ils étaient plus bêtes que pervers. Mais en matière de propagande politique, la bêtise est impardonnable parce quelle peut mener au pire et aux résultats les plus inattendus. Ces résultats sont clairs aujourdhui : lantisémitisme progresse de nouveau en France, et ailleurs, dans le peuple et chez beaucoup délites, dautant plus puissamment quil prend la saveur douteuse du fruit défendu. Quant au racisme ordinaire, inutile même den évoquer la prégnance
Néanmoins, au-delà de laveuglement, il est possible de déceler chez les professionnels de lantiracisme certaines attirances troubles. Les multiples gaffes et lapsus dun Albert Jacquard [10] ou les fantasmes hitléromaniaques et racioïdes dun Bernard-Henri Lévy, dont le dernier roman est une anthologie dobsessions nazimorphes, le déchaînement de tel autre auteur contre lhitléro-fascisme quil croit entrevoir derrière chaque porte comme les vieilles demoiselles le Violeur, tout cela ne sapparente-t-il pas plus ou moins à un désir refoulé ?
Fascination négative, certes, mais, comme cette floraison de publications douteuses qui prétend, pour mieux dénoncer le « péril nazi », en montrer les aspects « historiques », reconnaissons que cette fascination trouve un marché de fascinés de plus en plus conséquent
Lidée raciste ayant pris force et forme darchétype, demeure désormais, au panthéon des valeurs, comme recours possible. De même que les chrétiens suscitèrent messes noires et cultes démoniaques, de même, nos bons démocrates et nos obsédés du fraternalisme antiraciste ont-ils très logiquement favorisé la naissance dune « culture » raciste. Dans bien des cas, cest aujourdhui lantiracisme qui crée le racisme et non linverse ; plus exactement lantiracisme, en qualifiant à tort et systématiquement de « raciste » soit des comportements xénophobes tout à fait classiques où la haine raciale nexiste pas à lorigine, soit des attitudes sociales banales dépourvues de racisme, finit par rendre effectivement racistes lesdits comportements. De même, latmosphère de suspicion raciste créée par les chasseurs dantiracisme laisse supposer aux gens de couleur quils sont partout en butte à la discrimination, ce qui les conduit sociologiquement à se comporter eux-mêmes de manière radicalement discriminante.
Doù, autre conséquence extrêmement néfaste, le fait que tout discours daffirmation dune identité européenne risque de se voir incapacité comme « raciste », ce qui est tout de même le comble, puisque le racisme désigne linfériorisation de lAutre et non pas laffirmation de soi ! Il convient donc de dénoncer comme fauteurs de racisme tous ceux qui tentent détablir un lien entre laffirmation parfaitement légitime dune identité ethnique européenne et le racisme.
Tous les Européens, de ce fait, sont atteints, à des degrés divers, par lautoculpabilisation. Celle-ci se manifeste à loccasion des psychoses antiracistes qui saisissent les médias et lopinion publique dès quune affaire mêlant un extra-Européen défraye la chronique judiciaire. Le psychodrame antiraciste prend des allures pathologiques et joue le rôle dune sorte dauto-thérapie morbide de la société. Il sagit dexorciser un démon que lon porterait en soi, en dénonçant un racisme imaginaire (la vague des soi-disant « crimes racistes » à propos des rixes les plus banales) ou, de la part des autorités, en refusant de sanctionner des délits commis par des extra-Européens, de peur dêtre suspectées du péché capital. Ce syndrome masochiste exacerbe encore le racisme de masse.
Les milieux politiques et idéologiques qui ont intérêt au déracinement des Européens, à leur perte didentité, jouent un rôle particulièrement actif dans lexacerbation de ce racisme, selon une double stratégie : favoriser dune part la société multiraciale et cosmopolite qui entretient les ghettos et provoque le déracinement tant des autochtones que des allogènes ; et susciter, dautre part, un racisme populaire, en incitant les autorités comme les citoyens à ne pas appliquer les lois envers les allogènes, en dressant les uns contre les autres, par de subtiles campagnes de presse, les Européens contre les étrangers, bref, en criant sans cesse « au loup », afin de faire, précisément, venir le loup. Cette stratégie vise à transformer la société européenne en une réplique de la société américaine : à la fois multiraciale et multiraciste. A limage des Américains, les Européens doivent devenir des individus sans identité, enfermés dans leur prison ethnique et fédérés par le mode de vie occidental et matérialiste ou la « communication » dun audio-visuel débile.
Dès lors quon a pris conscience de cette réalité, on peut, sur la question du racisme, renverser totalement les termes du problème tel quil est présenté par le discours officiel. Le racisme est du coté de ceux qui veulent, pour lEurope et éventuellement dautres ensembles historiques, une société multiraciale : le racisme est du coté de ceux qui sarrogent le monopole de lantiracisme ; le racisme est du coté de ceux qui dévalorisent lappartenance et la conscience raciales, cest-à-dire lethnicité des peuples du monde, qui entendent faire disparaître les races aujourdhui encore richesse inestimable de lespèce en les ravalant au rang de simples catégories biologiques individuelles, de simples « curiosités » ethnographiques et superficielles. Le racisme est du coté de ceux qui nous font croire que la reconnaissance du fait racial et des identités ethniques conduit au complexe de supériorité xénophobe, alors que, tout au contraire, le mépris des autres races, la paranoïa comme la haine raciale naissent dans les sociétés de juxtaposition égalitaire (Etats-Unis). Le racisme, en bref, est du coté de ceux qui dévalorisent lidentité ethnique, entendue au sens le plus riche, cest-à-dire bioculturel, au profit de fausses appartenances, didentifications déculturantes et primitives à des modèles strictement politiques (« démocratie occidentale », culture des « droits de lhomme », etc.).
A linverse, la véritable opposition au racisme passe par la reconnaissance de la légitimité de laffirmation de la conscience et du fait ethniques par tous les peuples, le sien compris. Le droit à lidentité, pour un peuple, cest aussi le droit à une relative homogénéité ethnique et le droit à une territorialité, cest-à-dire à une souveraineté sur une unité politique, de manière à ce que sobserve une coïncidence entre lethnicité et lensemble territorial indépendant ; en effet, le droit dun peuple à lidentité nest pas garanti sil cohabite au sein dune vaste unité politique avec dautres minorités et sil ne détient pas la souveraineté sur un territoire où son ethnie soit très majoritairement représentée. Une telle juxtaposition dethnies dans le cadre dune « macro-société » donne systématiquement lieu à une mosaïque sociale où règnent les ghettos et la haine raciale, culturelle et religieuse. A des titres divers, les Etats-Unis, le Liban, les pays dAfrique occidentale, lAfrique du Sud, lUnion soviétique, illustrent la nocivité de la cohabitation ethnique et donnent le spectacle de nations tribalisées où règne le colonialisme intérieur.
Le renforcement du racisme anti-arabe, qui vient de loin [11], est un des effets politiques les plus négatifs auxquels donnent lieu la multiracialité et le racisme qui lui est inhérent. Le racisme anti-arabe, conséquence directe de la présence dun trop grand nombre darabo-musulmans en Europe occidentale, sert un certain nombre dintérêts politiques et stratégiques bien précis. Ceux-là mêmes pour lesquels il est hautement profitable dempêcher à long terme toute coopération euro-arabe. Une grande politique damitié euro-arabe menace en effet les intérêts du condominium américano-soviétique dans la région méditerranéenne. En deuxième lieu, la renaissance de lIslam le plus grand fait politique planétaire depuis 1945 gêne considérablement la stratégie du sionisme, dont la politique anti-arabe et anti-musulmane sest montrée sous son vrai jour dans la tragédie imposée au Liban. Ce nest pas un hasard si le racisme anti-arabe connaît une recrudescence au moment même où cette malheureuse Europe, coupée en deux et asservie par les blocs, se voit recentrée à lOuest sur latlantisme, laméricanisme et le sionisme.
Les tenants dun racisme anti-arabe agressif, comme les prétendus antiracistes qui, sans être Arabes, sarrogent le droit de les « défendre » comme lorganisation ouvertement sioniste SOS-Racisme et qui, très habilement, font de la « provocation » à la multiracialité pour susciter en retour un rejet anti-arabe, sont les mêmes qui soutiennent lidée dune Europe américaine, qui défendent limpérialisme israélien, qui font passer les Palestiniens ou les activistes musulmans pour des criminels, bref qui cherchent à désolidariser les Européens des Arabes. Ils ne savent que trop quune solidarité euro-arabe, quune grande politique mondiale dunité arabe et dunité européenne conjointes est incompatible avec la cohabitation des cultures et que, pour briser lamitié entre deux peuples, il faut enfreindre la règle du « chacun chez soi ». [12]
Ce qui est vrai des Arabes, lest pour lensemble des peuples du Tiers Monde : cest à une logique de haine envers ceux qui, au XXIe siècle, devraient devenir nos alliés contre les deux blocs, que les tenants de la société multiraciale poussent les populations européennes. Ils veulent nous faire suivre le chemin des Etats-Unis, cette grande société multiraciale dont toute la politique est construite sur la logique de lantagonisme entre le Tiers Monde et limpérialisme occidental.
Notes
[1] Voir sur ce point Jean-Yves Le Gallou, La préférence nationale, Albin Michel, Paris 1985.
[2] Cf. Guillaume Faye, Nouveau discours à la nation européenne, Albatros, Paris 1985.
[3] Cf. Le Monde, 9 mars 1985 : relation dun discours de L. Fabius à Toulouse.
[4] Un intéressant rapport très confidentiel a été publié par ladministration française des Postes sur lapparition préoccupante de « réseaux » et de « filières » fondés sur lethnie à lintérieur des hiérarchies officielles, et donnant lieu à des discriminations raciales endémiques dans un sens comme dans lautre.
[5] Guillaume Faye, La Nouvelle Société de Consommation, Le Labyrinthe, Paris 1983.
[6] Zeev Sternhell, La Droite révolutionnaire en France, Seuil, Paris 1978.
[7] Cf. sur ce point Alain Griotteray, Les immigrés, le choc, Plon, Paris 1984.
[8] Il faut mentionner à ce propos lincroyable campagne de propagande organisée en France en 1985, avec lappui du pouvoir, par lassociation SOS-Racisme et une partie de la presse, en faveur de la société multiraciale. Lobjet subtil de cette campagne était tout à la fois de dévaloriser lidentité française (« La France est comme une mobylette, elle marche au mélange »), de créer des tensions ethniques, notamment anti-arabes et de présenter la société multiraciale comme un fait acquis. La jeunesse était notamment moralement sommée de porter un badge antiraciste vendu à des centaines de milliers dexemplaires, ceux qui le refusaient étant explicitement culpabilisés. Le résultat le plus probant de cette campagne aura été de diviser la population sur la question raciale, qui revenait ainsi au grand jour pour la première fois depuis 1945, et de faire croître dans des proportions considérables les partisans dune expulsion brutale des gens de couleur On peut même dire que, sociologiquement, à partir de cette année 1985, la France est le premier pays européen où la question raciale soit ouvertement et explicitement posée, où le problème de lidentité soit formulée en termes ethniques et biologiques et où le racisme soit devenu un sentiment courant, aussi bien dailleurs chez les gens de couleur que chez les autres.
[9] Thème récurrent dans les séries télévisées et les innombrables films « pédagogiques » qui fleurissent depuis le milieu des années soixante-dix, et pas seulement autour du sempiternel thème de la « superbe brute SS », dont il ne se passe pas de semaine sans que les journalistes des grands médias écrits et audiovisuels névoquent avec délice le spectre.
[10] Au cours dune émission télévisée sur la 2ème chaîne française consacrée au racisme une de plus. Albert Jacquard, qui se prétend par imposture généticien mais qui est la risée des milieux scientifiques, sévertue, depuis plus de dix ans, à expliquer aux Français que les races nexistent pas, mais ne cesse, pour démontrer cette contre-évidence, de se faire lapologiste de la société multiraciale. Ou bien elles existent, ou bien elles nexistent pas
Cf. également B.H. Lévy, Le Diable en tête, Grasset, Paris 1985.
[11] Cf. Pierre Vial, Quand lArabe était le diable, in Eléments numéro 53, printemps 1985.
[12] Guillaume Faye a depuis lors complètement changé davis sur cette question et considère maintenant lislam et limmigration-invasion comme la menace principale pour lEurope, les Etats-Unis étant qualifiés de simples « adversaires ». Voir Guillaume Faye, La colonisation de lEurope, éditions de lAencre, 2000. (note du compilateur)
[Ce texte constitue un chapitre du livre de Guillaume Faye, Les nouveaux enjeux idéologiques, Le Labyrinthe 1986. Les passages en caractères gras ont été soulignés par le compilateur.]